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Une initiative de Question Santé asbl

Des rondeurs, rien de dramatique

La plupart des gens qui se sentent trop gros ne sont en fait pas en surpoids d’un point de vue médical, et encore moins obèses. La volonté de maigrir est souvent d’ordre esthétique : il faut correspondre à l’idéal de minceur valorisé dans nos sociétés.


Bien souvent, lorsqu’on souhaite maigrir, ce n’est pas pour des raisons de santé. Sur cinq personnes qui font régime, une seule est réellement en surpoids ou obèse. Les quatre autres ont un poids considéré comme normal, et certaines ont même un poids inférieur à la norme.
Mais on se sent mal dans sa peau, on se trouve moche parce qu’on a l’impression de ne pas correspondre aux canons de beauté de nos sociétés. Tout nous pousse effectivement à coller à l’obligation de minceur, et le rejet des rondeurs est extrêmement puissant… et souvent dévalorisant.
La minceur, elle, est perçue comme une preuve de réussite, de force et de volonté. Pourtant, elle n’est pas non plus appréciée par tous ! Sortons donc du discours général et apprenons à apprécier les corps dans toutes leurs nuances de formes… plutôt que la monotone maigreur !


Dans son enquête sur 552 étudiants de l’enseignement supérieur et universitaire [1], Sandra Ruttiens observe que, parmi les participants qui suivaient un régime, 77% avaient un poids normal, 19% étaient en surpoids ou obèses et 4% en sous poids. Elle cite une autre étude [2], menée sur des jeunes de 20 ans : alors que 1,8% étaient en surpoids et 0,3% obèses, 30% se trouvaient trop gros et essayaient de maigrir.

Il est évident que ce qui est en cause ici n’est pas la santé mais l’image de soi et de son apparence. Malgré nos valeurs d’autonomie et de liberté individuelle, nous avons de plus en plus de mal à nous soustraire à une norme sociale de minceur qui est devenue… écrasante.

« Dans nos sociétés occidentales, en particulier chez les femmes et les jeunes, note Ruttiens, l’estime de soi est fort influencée par l’apparence physique et le sentiment d’approbation sociale. Or, dans le contexte socioculturel qui est le nôtre, la beauté et le succès social sont identifiés à la minceur et au contrôle de soi. Ainsi, les femmes sont de plus en plus sujettes à faire des régimes : elles veulent contrôler leur poids et leur apparence pour se sentir belles et approuvées. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à être insatisfaites de leur physique. L’insatisfaction corporelle, jointe à un investissement important du corps, conduit à une déformation de la perception de soi et à un besoin de conformisme qui encourage le comportement de restriction. »

Au-delà de cette lecture sociologique, Jean-Michel Lecerf met les pieds dans le plat : « Rêver que tout le monde peut être mince est une illusion, une hérésie biologique. Trop de facteurs interviennent dans le poids : l’hérédité, l’âge, l’activité physique, le métabolisme, l’ossature, la morphologie, l’ethnie, l’histoire, les pathologies. C’est un reproche qu’on peut faire aux systèmes des régimes standards et uniformes : vouloir mettre tout le monde à la même enseigne. C’est faire fi de la nature et de sa diversité. » [3]

On peut enfin conseiller la lecture du livre de Danielle Bourque, À 10 kilos du bonheur, Editions de l’Homme, 2004.

Et pour s’interroger sur la norme de minceur de nos sociétés :
- Obésité, les normes en question, Question Santé asbl, service éducation permanente, Bruxelles, 2009
- Maigrir à tout prix, une obsession intemporelle, Question Santé asbl, service éducation permanente, Bruxelles, 2010

[1Ruttiens S., Analyse comparative des comportements alimentaires et de l’estime de soi en fonction de la pratique de régimes amaigrissants d’une population estudiantine de jeunes adultes, Institut Paul Lambin, Haute Ecole Léonard de Vinci, UCL, Section Diététique, 2011-2012.

[22. Monneuse M. O., Belliste F., Koppert G. (1997), Eating habits, food and health related attitudes and beliefs reported by French students, European Journal of Clinical Nutrition, 51, 46-53.

[3Lecerf J.-M., À chacun son vrai poids, Odile Jacob, 2013, p. 43.