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Une initiative de Question Santé asbl

Tous responsables ?


Une alimentation qui a changé

Contrairement aux idées reçues, être gros n’est pas simplement lié à un manque de volonté. Sinon, comment expliquer le nombre sans cesse croissant de personnes en surpoids dans nos sociétés ?

L’offre alimentaire actuelle semble être l’une des causes de la tendance à la prise de poids.



Plus de tentations, plus de calories

70 % des spots publicitaires télévisés visant les enfants font la promotion de produits alimentaires.
Parmi ces publicités pour des aliments, 70 % environ concernent des produits sucrés, céréales et bonbons. [1]

La diversité des produits alimentaires, céréales de petit déjeuner, pâtes à tartiner, fromages, confiseries, biscuits, laitages, plats préparés… éveillent chez le consommateur potentiel de nombreuses envies. Certains ajouteront le produit convoité sur leur liste de courses après en avoir vu la publicité, d’autres ne pourront résister lorsqu’ils le croiseront au détour d’une vitrine ou d’un rayon de supermarché. Le consommateur se trouve en effet seul face à la « jungle » des tentations gustatives tout en devant veiller à sa bonne santé et au maintien de sa silhouette.


Comment l’idéal de minceur peut-il donc être compatible avec le monde d’abondance et de surconsommation dans lequel nous vivons actuellement ?



Des produits pas toujours bons pour la ligne

Impossible de ne pas le remarquer, les rayons de nos supermarchés sont de plus en plus garnis de plats préparés qu’il suffit de réchauffer à la poêle, au four ou au micro-ondes selon les cas. Ces plats de toutes sortes (soupes en boîte, pizzas, gratins de légumes, plats exotiques, conserves, plats surgelés…) sont très souvent proposés en portions individualisées, qui les rendent d’autant plus pratiques et attirants, malgré des proportions standardisées et souvent excessives.

Ces produits ne semblent pas idéaux en termes de santé (trop salés, trop sucrés, trop gras…) Si la mention de leurs apports nutritionnels est souvent indiquée (généralement en terme d’apports journaliers recommandés), cela peut, à tort, donner l’impression d’être bon pour la santé et pour la ligne.


Les produits proposés par l’industrie agroalimentaire offrent également des goûts standardisés. Beaucoup contiennent en effets des additifs alimentaires qui agissent comme un exhausteur de goût. De tels produits ont pour but de rendre les plats plus « savoureux ». Ils ne modifient pas le goût du produit mais en augmente l’intensité de la perception. Ces composants se cachent généralement sous les fameux E*** que l’on retrouve sur la plupart des étiquettes. Par exemple, le glutamate de sodium [E621] est « ajouté aux aliments préparés et traités savoureux comme les aliments surgelés, les mélanges d’épices, les soupes en conserve et en sachet, les sauces pour salades et les produits à base de viande ou de poisson. » [2]

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Si l’on entend souvent que rien ne vaut les plats « faits maison », plus de la moitié des consommateurs estiment cependant que les plats préparés ont plus de goût que les plats confectionnés à la maison et que les plats traditionnels. [3]
Mais à force de consommer des produits enrichis en arômes et additifs, le consommateur peut être entraîné dans un tourbillon gustatif qui l’amène souvent à trouver « fades » des préparations ou aliments naturels… et souvent plus sains.


Des modes de vie qui ont changé

L’alimentation n’est pas la seule à devoir être incriminée lorsqu’on aborde le problème du surpoids.
Les facteurs influençant le poids sont plus variés et moins évidents qu’on ne le pense.
L’organisation de nos sociétés occidentales n’y est d’ailleurs pas pour rien...



Les avancées technologiques à l’encontre de l’activité physique

Comme on le sait, la principale cause de la généralisation du surpoids et de l’obésité est la combinaison d’une alimentation trop riche et d’un manque d’activité physique.

Mais pourquoi manquons-nous d’activité physique ? Bouge-t-on moins qu’autrefois ?
En quoi l’organisation de nos sociétés peut-elle avoir une influence sur notre corpulence ?

Plusieurs éléments peuvent répondre à cette question. Tout d’abord, l’évolution scientifique a permis le développement de merveilleuses technologies visant à faciliter toujours plus la vie. Si cela a permis de dégager du temps pour les loisirs, la culture ou l’éducation, les nouvelles technologies ont également contribué à la diminution de l’activité physique des populations des pays développés.

Ainsi, la généralisation des voitures a rendu plus rares les déplacements à pied ou à vélo (même si ce dernier moyen de transport revient petit à petit à la mode, principalement pour des raisons écologiques). La télévision, les jeux vidéos, l’ordinateur et autres activités sédentaires ont remplacé les activités et jeux de plein air où l’on se dépensait plus. Autre exemple, les robots ménagers, lave-vaisselle, machines à laver, soulageant grandement les ménagères, ont remplacé l’effort physique qui était associé à de telles corvées quotidiennes. Le développement du chauffage central et de la climatisation ont également contribué à la diminution de nos dépenses caloriques.

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« Cet ensemble de facteurs aboutit à réduire les dépenses énergétiques (musculaires et thermorégulation) dans la vie quotidienne. Face à cette diminution des dépenses, les populations des pays industrialisés ont spontanément réduit leurs apports énergétiques en passant de 3000-3500 kcal au début du siècle à 1700-2000 kcal en l’an 2000. » [4]

Il semble donc qu’il y ait de plus en plus de personnes en surpoids alors que nous mangeons, en moyenne, moins qu’il y a cent ans. Mais nos modes de vie nous amènent aussi à nous dépenser nettement moins qu’au siècle passé ! La différence entre les calories absorbées en nourriture et celles dépensées ne serait pas suffisantes.



La généralisation du travail intellectuel et de bureau

Autrefois, de nombreux emplois étaient davantage manuels qu’intellectuels. L’enseignement supérieur n’étant pas accessible à tous, une grande proportion de la population vivait de métiers physiques tels que l’agriculture, le travail dans les industries, etc. Aujourd’hui, le travail de bureau s’est généralisé tandis que les tâches plus physiques sont souvent prises en charge par des machines.

« A la fin de la 2ème guerre mondiale, la France était encore rurale et 7,5 millions de paysans (1946) exploitaient la terre. Actuellement, ils ne sont plus que 61.200 (2000). En cinquante ans, la part des paysans est passée de 40% à 3% de la population active occupée (INSEE) [5]

Pourtant, s’ils comportent parfois des risques physiques (comme l’utilisation d’outillage dangereux), il semble que les métiers manuels puissent présenter des avantages pour la santé en raison de l’activité physique qu’ils engendrent. Le travail de bureau à lui aussi des inconvénients pour la santé : sédentarité, maintien d’une position assise pendant de longues heures, fatigue des yeux sur les écrans d’ordinateurs…
Mais alors, pourquoi les métiers manuels sont-ils aujourd’hui peu valorisés dans nos sociétés ?


Des repas, vite faits, bien faits

L’individualisme de nos sociétés a contribué à la perte de convivialité pourtant souvent associée aux souvenirs de bons repas. On mange de plus en plus souvent seul et parfois par compensation affective. Le grignotage et les repas pris seul à l’extérieur (sandwich, fast food, etc.) sont devenus une pratique courante… peut-être au détriment de repas familiaux ou entre amis.

Les rythmes de vie effrénés (combinant travail, loisir, vie sociale, vie familiale, etc.) que beaucoup de gens mènent dans nos sociétés semblent aussi réduire le temps accordé à la préparation des repas et ainsi influencer notre alimentation. Depuis les années 2000, de plus en plus de repas sont pris hors du domicile (surtout les repas de midi) soit dans des restaurants collectifs, soit dans des fast-food ou des sandwicheries. Ces repas sont généralement alléchants mais malheureusement souvent trop caloriques par rapport à nos dépenses énergétiques.

Depuis peu, ce mode de restauration a évolué et propose des formules « plus saines ». Des bars à salades ou à soupes, des comptoirs à jus de fruits frais, des snacks « bio » sont aussi apparus. Une preuve de l’attention que portent les consommateurs à ce qui est bon pour leur santé. Pourtant, même les apports nutritifs de ces repas « équilibrés » ne sont pas toujours adaptés à nos réels besoins.


La généralisation du travail des femmes semble également avoir influencé nos modes d’alimentation. En effet, cela « améliore les revenus des familles et permet un meilleur accès à des aliments plus variés et prêts à l’emploi. Le temps imparti à la préparation des repas s’est considérablement réduit : une demi-heure par jour actuellement au lieu de trois heures avant la dernière guerre. La femme consacre non seulement moins de temps à préparer les repas (de 1993 à 2003, le temps de préparation des repas est passé de 42 à 36 minutes en semaine et de 60 à 44 minutes le week-end) mais de plus la valorisation sociale liée à ce rôle est devenue très accessoire. » [6] Loin de prôner le retour de la femme au foyer, force est de constater que les rythmes de vie intenses engendrent une diminution du temps consacré à la préparation des repas au sein des ménages, même si les hommes s’y impliquent désormais.

Mais peut-être cela est-il en train de changer ?
Des émissions culinaires comme « Top Chef », « Un dîner presque parfait » ou encore « Masterchef » redonnent
du sens et de la valeur à la cuisine… mais seulement à une cuisine exceptionnelle
et sophistiquée plutôt qu’à une cuisine familiale et conviviale.

[1CERIN, Impact de la publicité télévisée alimentaire chez les enfants de familles précaires, Alimentation et Précarité́, N°20, Janvier 2003,

[2European Food information Council, Foire aux questions - www.eufic.org

[3Étude du Crioc, Les plats préparés, 2006, p.7

[4H. Roudaut et E. Lefrancq, Alimentation théorique, Coll. Biosciences et techniques, 2005

[5H. Roudaut et E. Lefrancq, Alimentation théorique, Coll. Biosciences et techniques, 2005

[6H. Roudaut et E. Lefrancq, Alimentation théorique, Coll. Biosciences et techniques, 2005